ENTER THE VOID

Il n’est pas certain qu’il faille choquer pour réussir mais en tout cas cela fonctionne. Gaspard Noé en est la preuve lui qui, à chaque film, dépasse toujours plus de limites visuelles et intellectuelles ayant ainsi réussi à passer du statut de trublion dérangé du cinéma français à celui de réalisateur dit « culte » pour lequel les producteurs sont prêts à injecter des millions.

Sa soudaine rentabilité est elle due à son seul génie ou bien au fait qu’il flatte les appétits les plus bas et les plus faciles à contenter de l’être humain? S’agissant de quelqu’un qui a forgé sa réputation sur le viol de Monica Bellucci sans ellipses ni hors champs, la question mérite d’être posée. Et si, sur le fond, il est clair que ce nouveau film fait de l’œil aux drogués et pervers en tous genres, plusieurs éléments de forme sont néanmoins à souligner pour leur originalité et leur qualité.

Nathaniel Brown dans Enter the Void, réalisé par Gaspar Nöé en 2009.

Nathaniel Brown dans Enter the Void, réalisé par Gaspar Nöé et sorti en 2009.

Sur le fond, Enter the void tente vainement d’élucider le mystère de la mort. A la fois dans la « réalité » d’un songe d’agonie et  dans les spasmes d’une caméra subjective, défoncée à la drogue dure. C’est un film finaliste qui tente d’explorer visuellement et concrètement l’ultime instant séparant la vie de ce qui lui succède. Mais c’est aussi un film de la défonce, une succession de narco-images qui en font un véritable « film-trip », une expérience visuelle et sonore.

Sur la forme Noé abandonne, comme à son habitude, la chronologie classique (celle qui va du commencement à la fin). Déja, dans Irréversible, il avait inversé le temps. Ici, il le distend et fait durer presque deux heures un moment de deux minutes. Le point de vue de la caméra est, quant à lui, subjectif de A à Z. Au travers d’un seul objectif, on voit successivement la trilogie des points de vue du personnage principal: normal, défoncé, agonisant. La caméra n’a dès lors aucun rôle dans le rendu final. Ce n’est pas son maniement qui dompte l’image, mais l’image elle-même qui génère le mouvement.

Dans la pénombre de cette quête nihiliste, la lumière darde faiblement ses rayons depuis les enseignes lumineuses, tubes de lumière intelligibles en suspension dans le vide de la nuit. Symboliquement, c’est sous un immense « ENTER » lumineux que se tient le premier dialogue, et c’est du « VOID » que s’extraie la civière du dernier plan. Sur cet aspect là au moins, Noé semble monter d’un cran dans la subtilité, du moins si l’on se réfère aux va et vient de Vincent Cassel dans le « Rectum » d’Irréversible.

Pour le reste, Enter the void constitue globalement un expérience cinématographique participative, dont le niveau d’intérêt qu’on lui portera dépend lourdement de l’histoire personnelle et du degré de dérangement de chacun.

RÉALISÉ PAR: Gaspard Noé

ANNÉE: 2009

 

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