DESPUES DE LUCIA

Profondément choquant, Después de Lucia est une véritable épreuve visuelle et morale. Pendant certaines scènes la respiration se bloque, les yeux se détournent et l’esprit se paralyse sous l’effet de la pression.

Suite à la mort de sa mère, Alejandra déménage avec son père dans une nouvelle ville et son intégration scolaire va connaître quelques difficultés qui vont rapidement la dépasser. Les faits relatés sont issus d’une histoire vraie.

Ce film est comme une caméra cachée qui filme avec un grand souci de réalisme les tribulations que peut vivre une adolescente devenue le souffre-douleur de sa classe. Ses congénères développent un sens de la cruauté qui dépasse l’entendement et dont on peine à croire qu’il soit humainement possible. Pourtant, et c’est la que réside tout l’aspect dérangeant de ce film, chacun de nous aura rapidement en mémoire des expériences personnelles ou nous avons été confrontés à la méchanceté adolescente, que ce soit en tant que spectateur, victime, ou instigateur.

Un sentiment de proximité se dégage des images : rien d’impossible, des vies banales dans une ville moyenne et un établissement scolaire public. Par conséquent l’horreur nous paraît forcément plus grande car elle est plus proche de nous et nous touche directement sans aucun prisme scénaristique permettant de l’édulcorer. C’est pour cette raison que Después de Lucia, dans le thème de la torture et de l’humiliation, est ô combien plus traumatisant que des tortures-porns salaces à grosses ficelles comme Grotesque, Serbian film ou autres Saw(s) car ces derniers se situent dans un registre purement fictionnel.

Tessa La, dans Despues de Lucia, réalisé par Michel Franco et sorti en 2012.

Tessa La, dans Despues de Lucia, réalisé par Michel Franco et sorti en 2012.

L’humiliation à l’école est un sujet qui a souvent inspiré la littérature ou le cinéma avec des œuvres célèbres comme Carrie (livre de Stephen King adapté par Brian de Palma en 1976) ou, plus récemment, le très beau Morse (Tomas Alfredson 2008) mais, jusqu’à présent, rarement un film n’avait montré ce phénomène avec autant de violence. Car là où De Palma choisissait une mise en scène quasiment risible, typique du registre gore, et où Alfredson utilisait la métaphore du vampire pour matérialiser l’exclusion avec poésie, Michel Franco se situe aux antipodes d’une telle démarche.

Son film est complètement noir sans espoir ni lumière, toutes les peines ressenties par les personnages sont emportées par la mer et noyées dans la profondeur des flots. L’adolescence y dépeinte sans tabou c’est à dire en prise au cannabis, à l’alcool et au sexe, et la pulsion meurtrière de la vengeance elle aussi ne subit pas de traitement esthétique. Bien au contraire elle est placée sous le signe de la radicalité absolue illustrée, notamment, par le très beau plan du père pilotant son bateau et dont le visage se décompose sous l’effet des différentes douleurs qui l’assaillent.

Est il nécessaire de filmer un viol ou une torture avec autant de réalisme pour créer l’émotion chez le spectateur ? Pas facile de trancher de manière universelle, mais voir ce film permettra à chacun de nous de savoir précisément quel parti nous prenons personellement sur le sujet.

RÉALISÉ PAR: Michel Franco

ANNÉE: 2012

 

 

3 Responses to “DESPUES DE LUCIA”

  • Je n’avais pas vu que tu avais publié un papier sur Despues de Lucia, je découvre ton post avec plaisir. Personnellement il m’a déçu.

  • Au passage, je trouve que les camarades d’Alejandra sont énormes au sens où ils respirent vraiment du réalisme et la classe aisée d’ados qui se défoncent et sont à la fois trop cool et trop désabusés pour se soucier de ce qui est bien ou mal. Ils ont des gueules énormes, je trouve que c’est un super casting même si ce sont simplement les amis de l’actrice.

  • admin

    oui il n’y a aucun physique qui « cloche », mais perso le film m’a aussi beaucoup déçu, j’ai même failli me barrer à la scène de la fête dans l’hotel

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