BLUE VELVET

Ce film est le premier pour lequel David Lynch a bénéficié d’un budget convenable et d’une totale liberté de manœuvre, lesquelles lui ont permis de dépasser le coté trop expérimental d’un Eraserhead et de s’exprimer plus subjectivement que dans un Dune, pour lequel les termes de la commande étaient extrêmement précis.

L’histoire est celle d’un jeune homme (Jeffrey Beaumont) et, du moins au début du film, d’une jeune fille de son âge rencontrée dans une paisible campagne américaine (Sandy Williams). Après la découverte d’une oreille tranchée et ensanglantée, perdue dans l’herbe d’un champ, ils mènent l’enquête et plongent alors au coeur d’un bien sombre parcours initiatique.

Sur leur route ils rencontrent une étrange chanteuse de cabaret accompagnée d’un homme détestable qui la tient sous sa coupe. La suite du film se focalise sur la contemplation, par Jeffrey, des activités de ce couple étrange. Peu à peu sa passivité s’efface jusqu’à ce qu’il fasse progressivement partie intégrante du tableau dont il n’était jusqu’alors que spectateur. Il substitue ainsi à son père, mort au début du film, l’ignoble mentor de cette chanteuse, lequel va lui faire office de modèle paternel et ce jusqu’à inverser totalement son système de valeurs éthiques.

isabella rossellini et Kyle MacLachlan dans Blue velvet de david lynch

Isabella Rossellini et Kyle MacLachlan dans Blue velvet, réalisé par David Lynch et sorti en 1987.

En ouvrant l’intrigue par un lever de rideau de velours bleu, le réalisateur canalise l’intrigue dans le temps, celui d’une pièce de théâtre, une représentation de la vie qui n’est pas la vie elle-même. La distinction majeure que certains  ont vu entre théâtre et cinéma (Robert Bresson notamment), perd ici quelque peu de sa consistance.

Cette mise en abyme d’un art dont il est l’héritier, contribue à conférer au cinéma de Lynch son aspect fantasmagorique de fiction dans la fiction, ou encore de catharsis gigognes, dont les enseignements moraux et empiriques s’annulent pour laisser subsister l’illusion du sens mais qui, en réalité, sont une admirable manière d’utiliser le cinéma comme un espace (mental) de projection des fantasmes, ainsi qu’opérait Molière avec les passions de son temps. Un procédé qui trouvera un écho quelques années plus tard dans Mulholland drive.

Il en résulte un film à double vitesse, l’une plutôt visuelle, faite de couleurs sublimes et d’images intenses, l’autre bien plus ésotérique, se rapportant au sens caché des choses. Partant, l’aventure que vit le jeune Jeffrey est autant sensible que cognitive. Il accumule les expériences en même temps qu’il entreprend une transformation intérieure. En somme, il incarne l’exemple parfait de l’individu qui se laisse peu à peu gagner par le mal et qui finit par céder à la part séductrice des forces obscures. Et nous, si nous étions à sa place, que ferions nous? Vaste question…

RÉALISÉ PAR : David Lynch

ANNÉE : 1987

 

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