ALABAMA MONROE

Didier est joueur de Bluegrass (courant puriste de la Folk). Il vit dans la campagne belge, libre, loin des conventions et codes en tous genres. Poète, rêveur, c’est un homme simple, désabusé et touchant qui ne peut taire son indignation face à la cruauté de certaines inventions humaines comme la religion, la politique ou encore le classement des individus dans des cases.

Sur sa route il rencontre Elise, sublime blonde un brin perchée, tatoueuse empreinte d’un charme renversant. Une femme belle et artiste qui a l’amusante habitude de se faire un tatoo à chaque mec qu’elle se tape, puis de le recouvrir à chaque rupture. Ensembles ils vont vivre une romance d’une beauté et d’une intensité rares.

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Johann Heldenbergh (co-auteur de la pièce de théâtre dont et tiré le film), Verlee Baetens et leur groupe de bluegrass dans Alabama Monroe, réalisé par Felix van Groeningen et sorti en 2013.

Bien entendu nous connaissons le schéma de l’amour depuis fort longtemps, il consiste en une succession de va-et-vient, de césures et de transports, de sublime et de chaotique. Mais trop souvent le cinéma le place dans des codes qui sont ceux du libéralisme et de la consommation, dans une optique « projet » prédéterminée, avec une volonté de délivrer un message précis, voire commercial.

Trop souvent acteurs et réalisateurs véhiculent le mainstream de la pensée moderne avec des canons de beauté stéréotypés, un machisme évident, des scénarios volontairement applicables à tous (emménagement, procréation, richesse et confort) et, surtout, une conception souvent « jetable » de l’autre.

Après un film aussi indé que La merditude des choses Félix Van Groeningen n’aurait pu s’inscrire dans un tel conformisme de la forme et de l’idée. Il reprend donc cet ingrédient magique qu’est la représentation de valeurs réelles, brutes, concrètes, et cherche à toucher du doigt la sentimentalité dans ce qu’elle a de plus pur. Comme dans son précédent film, il représente des vies brisées, des personnages déglingués aux passions étonnantes. Il donne une tribune à la vie vécue comme quelque chose de simple et sans filtres matérialistes ou égocentriques quelconques. Un minimalisme de l’idée qui confère au métrage un maximum de puissance émotionnelle.

Sur la forme, l’ingrédient clé d’Alabama Monroe est la musique. Didier et Elise jouent ensemble dans le même groupe, donnent des concerts et retranscrivent de facto, dans leurs textes, les variations de leur parcours amoureux. C’est donc avec déchirement qu’on les écoute, lorsque le couple bat de l’aile, réinterpréter les chansons conçues dans l’enthousiasme des débuts. Partant, la musique s’érige non pas, en adjuvant des scènes d’action ni en soutien à l’image, mais tout simplement, comme faisant partie intégrante du scénario dont elle est, en réalité, la pièce maîtresse.

Musique, romance, poésie et simplicité,  Félix Van Groeningen confirme son statut d’artiste pur. Bravo à lui pour avoir su mettre à profit sa créativité dans ce film, discret, mais clairement inoubliable, doublé d’un bel hommage au théâtre puisqu’il s’agit de l’adaptation (libre) d’une pièce Belge (The Broken circle breakdown featuring the Cover-Ups of Alabama, de Johan Heldenbergh et Mieke Dobbels).

REALISE PAR : Felix van Groeningen

ANNEE : 2012

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