A DANGEROUS METHOD

C’est l’histoire de la relation triangulaire entre le psychanalyste Carl Jung (Michael Fassbender), une de ses patientes et maîtresse (Keira Knightley) et son confrère Sigmund Freud (Viggo Mortensen).

D’emblée, il faut reconnaître qu’A dangerous method n’est pas une de ces claques totales auxquelles nous avait habitué le réalisateur du Festin nu ou de Crash. Pour autant, celui-ci conserve  ses thèmes de prédilection.

En abordant les débuts de la psychanalyse, il confirme, en effet, l’inscription de sa filmographie dans l’univers de l’étrange et de l’irrationnel.

Car on ne le sait pas forcément mais cette discipline relevait, à l’origine, d’une certaine forme d’ésotérisme. Alexandrian par exemple, la définit  comme « la descendante de l’oniromancie, c’est à dire la divination par les rêves. La science, ainsi animée d’un grand rêve est deux fois la science » (Sarane Alexandrian, Histoire de la philosophie occulte).

a dangerous method david cronenberg viggo mortensen vicent cassel photo

Viggo Mortensen et Vincent Cassel dans A dangerous method de David Cronenberg (2011).

Hélas, visuellement, on peine à retrouver la griffe du réalisateur tant le résultat est propret et classieux. Costumes, casting et décors sont empreints de luxe et d’élégance. On ne retrouve pas cette provocation visuelle par laquelle il a, si souvent, fasciné. Pas de scène d’opération hallucinée en costumes rouges comme dans Faux semblants, pas d’images de synthèse comme dans ExistenZ, pas d’horreur pure comme dans La mouche ou Chromosme

A dangerous method s’inscrit plutot dans le versant « sérieux » de la carrière de Cronenberg, celle de M. Butterfly, du dyptique History of violenceEastern promises, de Cosmopolis ou de Maps to the stars.

Astreint, de par le thème abordé, à une obligation d’authenticité historique, il canalise son imaginaire. Mais, s’il déçoit le cinéphile de genre, il ravit néanmoins le curieux par la subtilité de sa mise en scène et la densité de sa réflexion.

D’après le titre, la psychanalyse serait une méthode dangereuse. Les images attestent que c’est le cas: tant pour la patiente, qui risque de se détruire, que pour le praticien, qui risque de compromettre son couple et son honneur.

Le film laisse comprendre que le danger tient en premier lieu a la focalisation de la méthode sur la dimension sexuelle de l’individu. La victoire du combat contre les forces sombres de l’esprit résiderait exclusivement dans le décodage et le travail des pulsions et des frustrations. A ce jeu là, le thérapeute devient rapidement un amant.

Deuxièmement, la psychanalyse à cette époque présente un risque dans la mesure où elle est encore expérimentale et donc peu fiable. Or, même lorsqu’elle est considérée comme « molle », la science ne fonctionne que selon des paradigmes, des règles et des principes clairement définis. Or, à ce stade de leurs recherches les trois praticiens « phares » de la discipline divergent totalement dans leurs théories et jouent les apprentis sorciers.

Freud, théoricien obsessionnel du sexe, mais pourtant très chaste, se concentre sur l’analyse et la recherche bien plus que sur la dimension curative de la thérapie.

Otto Gross (Vincent Cassel), au contraire, s’investit beaucoup, il encourage avec poésie à « ne jamais passer l’oasis sans boire » et finit plutot logiquement par être aliéné dans sa double addiction au coït frénétique et à la drogue.

Carl Jung, enfin, subit l’influence croisée de ses deux confrères: il joue sur les deux tableaux avec d’un côté une relation stable et honorable avec sa femme, et de l’autre une liaison sulfureuse et destructrice avec sa patiente.

Que retenir de tout ceci? Où se positionner?

C’est sans doute à l’intersection des deux principaux champs de forces qui le composent que se situe l’intérêt du métrage: à mi chemin entre l’exploration de l’inconscient le plus bestial et le charme maladroit d’une science balbutiante. Là où, dans les méandres dangereuses de l’expérimentation, se sont joués des évènements qui ne cessent, encore d’aujourd’hui, d’influencer la manière dont nous appréhendons (et souvent soignons) l’esprit humain.

RÉALISÉ PAR: David Cronenberg

ANNÉE: 2011

2 Responses to “A DANGEROUS METHOD”

  • Pascale

    Charmée par ce film et par l’idée si réaliste qu’il véhicule de la vie et de la perception systématique que l’Homme a besoin d’en avoir. La pression de reconnaissance, du rassemblement semblent primordiales pour qu’une pensée émerge et prenne corps. Combien de théories se voient tues ou dissimulées, considérées ainsi comme occultes, par nécessité de consensus ?! Sont-elles pour autant fausses ? Doit-on les négliger ?

  • admin

    tu as raison, les scènes ou Freud dénigre l’audace de Jung sont tristes de médiocrité intellectuelle. Du moins elles soulignent une absence d’ambition et de liberté

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