LE CINEMA FRANCAIS SOUS L’OCCUPATION

La guerre de 1939-1945 mit à mal l’ensemble de l’économie française. Pourtant, dans cette période pour le moins trouble, le secteur cinématographique connut l’essor et il fut bien le seul créneau artistique à connaître pareil destin.

Rien ne laissait pourtant présager une telle situation. Avant la guerre, la crise de 1929 avait mis à mal quelques entreprises du cinéma et conduit pas mal d’autres à la faillite. Puis, la déclaration de 1939  paralysa passablement la profession et, dès la défaite de 1940, de nombreux acteurs ou réalisateurs s’exilèrent soit, parce qu’ils étaient juifs soit, parce qu’ils refusaient de collaborer (ex : Jean Gabin, Jean Renoir).

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Le cinéma Parisiana, à Paris, pendant l’occupation.

Dès le début de l’occupation, les Allemands placèrent le secteur sous leur coupe. Dans cette optique, fut créée la Propaganda Abteilung, organisme de la Wehrmacht chargé de la propagande et de la censure en zone occupée : la chasse au références anglo-saxonnes, et surtout aux acteurs ou réalisateurs juifs, était alors ouverte.

C’est dans ce contexte qu’arrive Alfred Greven, figure incontournable du cinéma sous l’occupation. Ami de Goering, président de la UFA (principale société de production allemande dans les années 30), délégué responsable pour le Reich du cinéma en France, il créa en 1940 une maison de production (la Continental-films) de distribution (l’Alliance cinématographique européenne) et d’exploitation (la SOGEC). Selon lui la France devait être capable de concurrencer l’Amérique. Il fit alors appel aux meilleurs professionnels et engagea des acteurs talentueux.

L’un des atouts de la Continental étaient ses moyens, rares en cette période de pénurie. Une anecdote restée dans les mémoires donne la mesure de cette disette: l’équipe technique du film Les visiteurs du soir (Marcel Carné), pour pouvoir tourner la scène de banquet, dut pulvériser des produits toxiques sur les aliments, afin d’éviter qu’ils ne soient mangés entre chaque prise.

Le contrôle sur les films par le régime de Vichy était relativement poussé, même jusque dans la zone sud. Censures, contrôles de moralité, contrôles du « respect de la jeunesse »… Le tout appuyé par la Centrale catholique qui, elle aussi, notait les films sur leur moralité, de 1 à 6. En parallèle, était instaurée une forte propagande destinée à rallier la population à la pensée antisémite, soit par des documentaires diffusés avant les films, soit par des films dédiés comme Le péril juif (1942), Le juif Suss (1937), qui connût un succès considérable, ou encore le racoleur Forces occultes (1943).

Affiche du Juif suss, film de propagande antisémite sorti en 1940.

Affiche du Juif suss, film de propagande antisémite sorti en 1940.

Les spectateurs français adoptèrent rapidement une attitude de défiance vis à vis de cette propagande haineuse. Par ailleurs, ils étaient, de facto, privés des films en provenance d’Hollywood. Mais pour autant, leur besoin de cinéma augmentait de façon exponentielle au fur et à mesure que la guerre perdurait. Le grand écran, par ses propriétés évasives, devenait un refuge de plus en plus apprécié pour conjurer les affres du quotidien.

Les réalisateurs tâchèrent alors de faire oublier leurs malheurs aux français en proposant des films fantastiques ou des adaptations littéraires « neutres » (sans risques de censure). Ainsi, pendant l’une des périodes les plus noires de l’histoire, naquirent de purs chef-d’œuvres tels que Les visiteurs du soir (précité), Le Corbeau (Henri Georges Clouzot, 1943) ou encore Les enfants du paradis (Marcel Carné, réalisé en 43, sorti en 45).

Pendant ce temps, en zone libre, certains artistes et acteurs du monde du cinéma se mobilisaient dans des actions de résistance. Ainsi, en 1941, sera constitué le Comité de salut public du cinéma français ; organisation clandestine qui s’est structurée petit à petit pour devenir, fin 1943, le Comité de libération du cinéma français. Cette organisation mènera des actions de résistance comme, par exemple, l’occupation de secteurs stratégiques du cinéma en zone occupée ou encore, la préparation d’un film sur la libération de Paris.

A l’inverse, d’autres seront victimes de la répression nazie. Harry Baur, acteur juif, fut emprisonné et torturé. Robert Georges Lambert, déporté à Buchenwald… Seul Fernandel, adulé par Greven, continua à jouer dans des films de qualité pendant toute l’occupation, et échappa à l’épuration.

Le recul que nous offre l’histoire aujourd’hui permet, en définitive, de constater que l’occupation fut pour le cinéma français un nouveau souffle, un « âge d’or » qui marqua la rupture avec l’aspect artisanal que revêtait autrefois le secteur. Acteurs et réalisateurs s’engagèrent à la fois, contre le régime mais aussi, plus largement, contre la guerre, en travaillant sur les propriétés oniriques de leurs films. Et à la libération, cette « qualité française » demeurera un souci des réalisateurs, jusqu’à ce qu’éclose la Nouvelle vague, vers la fin des années 50.

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