ELEM KLIMOV

Rarement le cinéma aura su élever l’image en mouvement au rang de propagande magique. Car c’est ce que fait d’abord Elem Klimov (1933-2003): filmer l’histoire pour un régime dont il est un ardent défenseur. Ses films constituent une énorme claque esthétique, politique, métaphysique mais surtout et avant tout existentielle.

Raspoutine l’agonie (1981) peint la lente chute des Romanov dans une Russie en proie aux soulèvements révolutionnaires et le plus connu Requiem pour un massacre (1984) met en scène les massacres perpétrés par les SS en Biélorussie.

Requiem pour un massacre, réalisé par Elem Klimov en 1987

Aleksei Kravchenko dans Requiem pour un massacre, réalisé par Elem Klimov et sorti en en 1987.

La technique la plus surprenante de Klimov dans son Raspoutine est l’utilisation d’images d’archives en noir en blanc, quand le reste du film est en couleurs, mélangées avec de fausses images d’archives qu’il a lui-même tournées. Le procédé est saisissant, propagande politique et mensonge esthétique s’alliant pour fonder une paradoxale impression de réalité.

L’autre souci de Klimov c’est la bande-son qui fait l’action quand le plan est vide ou qui la parasite quand il est plein. On entend, partout et tout le temps, des sons stridents et dissonants, de longues montées sonores qui accompagnent la folie ou la détresse des personnages et qui plongent le spectateur dans un trip halluciné.

On se dit que la réalisation devait être aussi pour les acteurs une expérience éprouvante et Klimov, comme Herzog, leur demandait en effet beaucoup. Sur Requiem pour un massacre, il fit hypnotiser le jeune partisan pour effacer toute trace de traumatisme après un tournage de neuf mois, utilisa des balles réelles lors des scènes de bataille et manqua de noyer ses deux jeunes acteurs lors de l’incroyable scène de traversée d’un bourbier.

Klimov n’a pas son pareil pour donner à voir l’hystérie des peuples et des puissants, ainsi que le désespoir des humbles. Ainsi erre Nicolas II dans les couloirs secrets de son palais, impuissant et désemparé, remettant les destinées de la sainte Russie entre les mains d’un moine débauché qui croit autant en sa folie qu’il en jouit.

Filmographie :

  • 1959    Attention, vulgarité
  • 1962    Le fiancé
  • 1962    Regardez: le ciel!
  • 1964    Entrée interdite aux étrangers
  • 1965    Les aventures du dentiste
  • 1968    Boum Boum. les pères abandonnés
  • 1970    Sport, sport, sport (documentaire)
  • 1971    Client privé
  • 1974    Malgré tout je crois
  • 1980    Larissa (documentaire)
  • 1981     Raspoutine, l’agonie
  • 1983     Les adieux à Matiora
  • 1984     Requiem pour un massacre

 

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