LA PART DES ANGES

En Écosse, des jeunes gens condamnés à des travaux d’intérêt général vont visiter une distillerie de whisky avec leur responsable. L’un d’entre eux (Robbie) se découvre alors une passion pour la lecture des arômes du malt qui va révolutionner sa vie ainsi que celles de tout le groupe.

Le terme « part des anges » est une expression propre au monde des spiritueux qui désigne le petit pourcentage d’alcool s’évaporant inexorablement d’un fût avec le temps. Le whisky, pour se bonifier, doit donc laisser s’évanouir une part de lui même, un peu à l’image de Robbie qui, pour devenir un homme, va devoir se purger de sa propension à la violence qui le ronge depuis bien longtemps. Son combat intérieur est magnifiquement retranscrit à travers un récit initiatique parsemé d’épreuves et de rencontres qui l’ouvriront à la sagesse et à l’apaisement.

Jasmin Riggins, Gary Maitland, Paul Brannigan et William Ruane dans La part des anges, réalisé par Ken Loach et sorti en 2012.

Jasmin Riggins, Gary Maitland, Paul Brannigan et William Ruane dans La part des anges, réalisé par Ken Loach et sorti en 2012.

Pour se sortir de la galère Robbie va employer des moyens illégaux. Cependant le film est orienté de telle manière par le réalisateur que cette démarche ne paraît à aucun moment scandaleuse. L’idée est globalement que face aux inégalités sociales, il peut paraitre légitime que les jeunes défavorisés usent de leurs savoirs faire spécifiques pour s’en sortir et combler le différentiel de traitement que la vie leur fait subir malgré eux depuis le début. Ce-faisant, Ken Loach joue avec les notions de bien et de mal en recherchant leurs limites et en confrontant habilement la théorie des valeurs à son application pratique. Il évolue donc dans sa vision de la délinquance juvénile en évoquant la possibilité du rachat (voire de la transcendance), qu’il avait totalement occultée dans Sweet sixteen (auquel on ne peut s’empêcher de penser en voyant La part des anges).

Ce scénario original permet de dresser un très beau parcours de rédemption suivi par un jeune garçon débrouillard et courageux qui prend progressivement conscience de ses responsabilités de père et de mari et qui trouve, au hasard de ses galères, la voie de son épanouissement. Au cœur des Highlands, dans une nature sublime, il sera le guide d’une épopée touchante, propulsée par la rage de vivre et l’espoir d’une vie meilleure. Les beaux paysages de l’Écosse qui succèdent dans la narration aux quartiers défavorisés de Glasgow semblent l’accompagner dans sa transition existentielle de l’ombre à la lumière, l’extérieur reflétant l’intérieur en un élégant parallélisme des formes.

Pour conclure, bien que se limitant strictement à son créneau (le cinéma dit « social ») et faisant comme à l’accoutumée un usage conséquent du pathos, Ken Loach signe néanmoins un beau film qui apporte une légère touche de lumière dans sa filmographie, jusqu’à présent peu coutumière des happy-ends et du registre comique.

RÉALISÉ PAR: Ken Loach

ANNÉE: 2012

 

 

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