LA MERDITUDE DES CHOSES

« Qui c’est ? La gonzesse de l’autre jour ? Elle est enceinte ? ». « Non non elle dit qu’elle vient des services sociaux, plutôt mignonne, belle paire de nibards… ».

Il est environ 14h de l’après midi, l’oncle de Gunther Strobe, 13 ans, prévient le père de l’enfant que la représentant de la protection de l’enfance vient d’arriver.

Misère sociale, vulgarité, bière à outrance, cigarettes et drague primaire, Gunther, devenu écrivain, raconte comment il a grandi dans cette ambiance caractéristique des bassins industriels Belges. Sa voix, qui couvre en off l’ensemble du film, entretient un délicieux décalage avec le sujet, conférant à l’ensemble un aspect parfois très drôle mais surtout particulièrement touchant.

la merditude des choses

Johan Heldenberg, Koen de Graeve, Wouter Hendrickx, Kenneth Vanbaeden et Valentijn Dhaenens dans La merditude des choses, réalisé par Felix van Groeningen et sorti en 2009.

Le sujet est délicat, il fallait éviter le voyeurisme complaisant, à portée humiliante, ambiance « strip-tease », mais aussi l’écueil du film social moralisateur ou démagogique. Car Gunther le dit bien, sa famille, c’est « l’ancienne école », les « vraies valeurs », l’humanité avec un grand H. Et même si pour les parents de ses amis, il n’est qu’un « fils de dégénérés », vecteur de mauvaise influence sur ses camarades, la réalité est tout autre. C’est un bon gars, et ses oncles sont des chics types, mais ils ont le malheur de ne pas avoir grand chose à foutre des codes sociaux dominants.

Néanmoins, il faut tout de même admettre que si les Strobbe ne sont pas des délinquants ou des criminels, il n’en reste pas moins que leurs loisirs n’ont rien d’élévateur pour l’esprit d’un jeune garçon en pleine adolescence.

Gunther, qui aux dires de son père est « différent », ne trouve effectivement pas son compte dans les concours du plus grand buveur de bière de la ville, les courses de vélo à poil ou encore le tour de France de l’alcool (réplique ludique de l’épreuve sportive dans laquelle les kilomètres sont des verres d’alcool…), quand bien même ces scènes nous permettent à nous, spectateurs, de bien nous fendre la poire.

Il le dit lui-même, « tout ce qui est beau ici est, soit détruit, soit s’en va ». Il choisira la seconde option, aidé par l’internat et surtout par sa volonté. Partant, il met à jour les failles de la théorie du déterminisme social. Celle-ci, en affectant les gens à des catégories prédéfinies, dont ils ne peuvent pas sortir, à tendance à tout mettre sur le dos du « système », d’une oppression silencieuse et hétérogène aux individus eux-mêmes.

Bien entendu le milieu de naissance joue dans la destinée des uns et des autres, mais ce type de théorie ne peut que se heurter à la spontanéité, imprévisible, de l’individu. Les êtres humains sont libres de choisir leur voie et de construire leur éthique. En ce sens, La merditude des choses est une formidable ode à la liberté.

Qui plus est, il illustre d’une très belle manière le principe selon lequel la richesse matérielle et le niveau d’éducation ne sont pas des indicateurs pertinents pour apprécier la valeur intrinsèque d’un individu. Bien au contraire.

Au travers de cette histoire on rit, on pleure, on espère et l’on s’effraie, mais jamais on ne s’apitoie ni on ne reçoit des idées prémâchées. Une vision presque photographique de la réalité qui touche directement les cœurs et que l’on retrouvera d’ailleurs, décuplée, dans les magnifiques Alabama Monroe et Belgica, films suivants du réalisateur.

RÉALISÉ PAR : Félix Van Groeningen

ANNÉE : 2009

 

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